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Comment l'Allemagne a commis le tout premier génocide du XXe siècle

NELS W.15 juillet 20268 min de lecture
Comment l'Allemagne a commis le tout premier génocide du XXe siècle

Octobre 1904, désert de l'Omaheke, colonie allemande du Sud-Ouest africain. Des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants du peuple Herero fuient l'armée impériale allemande à travers l'une des étendues les plus arides d'Afrique. Derrière eux, les soldats du général Lothar von Trotha ont reçu l'ordre d'empoisonner les rares puits qui pourraient leur permettre de survivre. La plupart mourront de soif, pas de balles. C'est ainsi que débute ce que plusieurs historiens désignent aujourd'hui comme le premier génocide du XXe siècle — trente ans avant que le mot lui-même ne soit inventé.

Un ordre d'extermination écrit noir sur blanc

Le 12 janvier 1904, le peuple Herero, mené par le chef Samuel Maharero, se soulève contre l'occupation coloniale allemande, bientôt rejoint par le peuple Nama sous la direction du chef Hendrik Witbooi. En cause : la confiscation systématique des terres et du bétail, la réduction en travail forcé, et un système judiciaire à deux vitesses qui ne protège en rien les populations locales. Après des succès initiaux, les insurgés sont écrasés à la bataille de Waterberg en août 1904, encerclés par des renforts venus d'Allemagne.

C'est après cette défaite que la répression bascule dans l'extermination planifiée. Le général von Trotha signe le Vernichtungsbefehl — l'ordre d'extermination — un texte sans équivoque possible : à l'intérieur des frontières allemandes, tout Herero, armé ou non, avec ou sans bétail, sera abattu. Aucun accord de paix ne sera plus accepté avec la nation Herero. Ce n'est plus une guerre coloniale. C'est un projet d'anéantissement d'un peuple entier, formulé par écrit, par un officier de l'Empire allemand.

Camps de concentration et expérimentations médicales

Ceux qui échappent au désert ne sont pas épargnés pour autant. Des milliers de survivants Herero, puis Nama à partir de 1905, sont internés dans des camps de concentration, dont le plus tristement célèbre se trouve sur Shark Island, près de Lüderitz, sur une langue de terre battue par les vents glacés de l'Atlantique Sud. Les prisonniers y meurent de faim, d'épuisement au travail forcé, de maladie — et sont soumis à des expérimentations médicales pseudo-scientifiques destinées à "démontrer" la supériorité raciale des colons blancs. Des crânes de prisonniers seront envoyés en Allemagne pour ces recherches ; certains ne seront restitués à la Namibie qu'en 2011.

Quand les camps ferment en 1907 sous la pression de l'opinion internationale, le bilan est terrible : jusqu'à 80% de la population Herero d'avant-guerre a disparu, entre 40 000 et 80 000 morts selon les estimations. Côté Nama, c'est près de la moitié du peuple qui a été exterminée, soit environ 10 000 personnes.

L'ordre était sans ambiguïté : dans les frontières allemandes, tout Herero, armé ou non, avec ou sans bétail, sera abattu.

Un siècle de silence, puis des excuses sans réparations

Il faudra attendre 2004 — le centenaire de l'ordre d'extermination — pour qu'un représentant du gouvernement allemand, la ministre du Développement Heidemarie Wieczorek-Zeul, prononce pour la première fois des excuses officielles sur le sol namibien, tout en écartant explicitement toute compensation financière. Il faudra attendre 2015 pour que Berlin reconnaisse enfin, du bout des lèvres, que ces événements constituaient bien un génocide au sens du droit international.

Ce n'est qu'en mai 2021 qu'un accord est finalement signé entre les deux gouvernements : l'Allemagne s'engage à verser 1,1 milliard d'euros sur trente ans, sous forme d'aide au développement — pas de réparations, le mot est soigneusement évité dans le texte final, afin d'éviter tout précédent juridique international. Les chefs traditionnels Herero et Nama rejettent en bloc l'accord, dénonçant leur exclusion totale des négociations, menées uniquement entre Berlin et le gouvernement namibien. Le chef suprême Herero de l'époque, Vekuii Rukoro, qualifiera l'accord de "trahison complète" de la part de son propre gouvernement.

Pourquoi ce génocide reste si peu connu

Contrairement à la Shoah, dont l'Allemagne a fait un pilier central de sa mémoire nationale et de son système éducatif, le génocide Herero et Nama est resté pendant des décennies une note de bas de page de l'histoire coloniale. Les historiens qui établissent une continuité entre les méthodes développées en Namibie — camps de concentration, extermination ciblée d'un groupe ethnique, pseudoscience raciale — et celles employées par le régime nazi trois décennies plus tard restent minoritaires, mais leurs travaux se sont multipliés depuis les années 2010, à mesure que les archives coloniales allemandes ont été rouvertes.

En juin 2024, Berlin et Windhoek ont annoncé une révision à la hausse, non chiffrée publiquement, de l'enveloppe financière — signe que le dossier reste diplomatiquement vivant, plus de cent vingt ans après les faits. Depuis 2025, la Namibie commémore chaque 28 mai, date de la fermeture des camps de concentration en 1907, comme journée nationale du souvenir du génocide.

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NW

À propos de l'auteur

NELS W.

Fondateur de L'Échiquier Mondial. Ingénieur de formation, passionné de géopolitique et d'histoire des relations internationales, dédié à décrypter l'actualité mondiale à travers ses précédents historiques.

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