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La France interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. L'Australie l'a déjà essayé — et ça n'a pas vraiment marché.

NELS W.26 juillet 20269 min de lecture
La France interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. L'Australie l'a déjà essayé — et ça n'a pas vraiment marché.

Le 21 juillet 2026, le Parlement français a définitivement adopté une loi interdisant l'accès aux réseaux sociaux à tous les mineurs de moins de 15 ans. Le vote au Sénat a été écrasant : 243 voix pour, seulement 2 contre, avec une centaine d'abstentions. Quelques heures plus tard, l'Assemblée nationale confirmait le texte par 279 voix contre 81. La France devient ainsi le premier État membre de l'Union européenne à imposer une interdiction générale de cette nature.

Un texte qui doit encore passer un dernier obstacle

Porté conjointement par le député Renaissance Paul Midy, le sénateur Les Républicains Laurent Lafon et la députée Laure Miller, le texte a mis près de six mois à aboutir, depuis son adoption en première lecture à l'Assemblée nationale le 26 janvier 2026 jusqu'à l'accord trouvé en commission mixte paritaire le 20 juillet. Le 7 juillet, la Commission européenne avait d'ailleurs estimé que certaines dispositions du texte initial étaient contraires au règlement européen sur les services numériques, le fameux DSA, ce qui a contraint les parlementaires français à revoir leur copie avant le vote final.

Le texte n'est pas encore tout à fait définitif : jeudi 23 juillet, le Conseil constitutionnel a été saisi par plus de soixante députés, qui contestent une partie de son contenu. Sa décision est attendue avant la promulgation officielle de la loi.

Ce que la loi prévoit concrètement

Concrètement, l'interdiction doit s'appliquer dès le 1er septembre 2026 pour tous les nouveaux comptes créés sur les plateformes concernées. Les comptes déjà existants disposeront d'un délai supplémentaire : ils devront être vérifiés avant le 1er janvier 2027, après quoi les comptes appartenant à des mineurs de moins de 15 ans devront être fermés. Les plateformes seront tenues de proposer au moins deux solutions différentes de vérification de l'âge, sans toutefois recevoir directement l'identité complète de leurs utilisateurs, une précaution destinée à limiter les risques pour la vie privée.

Le texte va d'ailleurs au-delà des seuls réseaux sociaux : il étend aux lycées l'interdiction d'utiliser un téléphone portable, déjà en vigueur dans les écoles et les collèges depuis plusieurs années, avec une entrée en vigueur prévue dès la rentrée scolaire 2026-2027. Cette mesure répond à une préoccupation documentée par les chiffres de l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique : selon l'Arcom, les jeunes de 12 à 17 ans passent en moyenne une heure et vingt et une minutes par jour sur la seule application TikTok.

L'Australie, laboratoire grandeur nature

Ce qui distingue vraiment cette loi française, c'est qu'elle ne part pas d'une page blanche : elle s'inspire très directement du Social Media Minimum Age Act australien, entré en vigueur en janvier 2025 et fixant l'âge minimum à 16 ans. Un an et demi plus tard, les premiers bilans de cette expérience grandeur nature commencent à tomber, et ils sont loin d'être rassurants pour les défenseurs du modèle.

Une étude de l'université de Melbourne publiée en juin 2026 est sans appel : moins de 20% des mineurs concernés par l'interdiction australienne la respectent réellement. Les adolescents contournent massivement les contrôles d'âge à l'aide de faux documents d'identité, de VPN qui masquent leur localisation réelle, ou tout simplement en empruntant le compte de leurs propres parents pour continuer à accéder aux plateformes visées.

Moins de 20% des mineurs concernés respectent réellement l'interdiction en Australie. Ils contournent les contrôles avec de faux documents, des VPN, ou le compte de leurs parents.

Un effet pervers documenté par les chercheurs

Plus préoccupant encore selon les chercheurs australiens : l'interdiction n'a pas fait disparaître les usages numériques des adolescents, elle les a déplacés vers des espaces bien moins surveillés. David Glance, professeur spécialisé en cybersécurité, décrit un effet pervers majeur : privés d'accès aux plateformes grand public, davantage modérées, une partie des mineurs s'est reportée vers des messageries comme Telegram ou des forums du dark web, où circulent, sans aucun filtre, des contenus violents, pornographiques, ou faisant l'apologie du suicide.

Cette bascule vers des zones numériques moins régulées illustre un dilemme central de toute politique de restriction d'accès : interdire un usage visible et surveillé ne supprime pas le besoin ou l'envie qui le motivait, il déplace simplement ce besoin vers des circuits plus difficiles à observer, et potentiellement plus dangereux.

Une France qui espère faire mieux, sans garantie

Les débats parlementaires français ont eux-mêmes reflété cette incertitude. Plusieurs amendements déposés lors de l'examen du texte, notamment par des députés socialistes, proposaient de cibler une interdiction plus stricte mais plus étroite, réservée aux seuls moins de 13 ans, précisément pour limiter les risques de contournement massif observés à l'étranger. Ces amendements ont finalement été rejetés au profit du seuil de 15 ans porté par la majorité parlementaire.

Un chiffre cité dans les débats parlementaires donne une idée de l'ampleur du défi : selon une étude relayée devant l'Assemblée nationale, 58% des jeunes de 11 et 12 ans possédaient déjà un compte sur au moins un réseau social en 2021. L'Arcom, de son côté, évalue à 45% la proportion de Français de 11-12 ans inscrits sur la seule application TikTok aujourd'hui. Autrement dit, la loi française vise une population déjà largement connectée, plusieurs années avant l'âge légal qu'elle cherche désormais à imposer.

Ce que ce précédent législatif engage pour l'Europe

Sur l'échiquier mondial, cette loi française place l'Union européenne face à un choix qu'elle ne pourra plus longtemps éviter. La Grèce a d'ores et déjà annoncé une interdiction similaire à partir de janvier 2027. L'Espagne et le Danemark étudient à leur tour différents seuils d'âge et dispositifs de contrôle. Une résolution du Parlement européen s'était déjà prononcée en faveur d'un encadrement strict de l'accès des mineurs aux réseaux sociaux, signe que la France, malgré les doutes soulevés par le précédent australien, pourrait bien devenir le modèle — pour le meilleur ou pour le pire — que le reste du continent s'apprête à suivre.

Reste une question que ni les chiffres australiens ni les débats parlementaires français n'ont encore résolue : protéger une génération entière d'une technologie qu'elle a déjà largement adoptée est-il encore possible par la seule voie de l'interdiction, ou faudra-t-il, comme le suggèrent déjà plusieurs chercheurs, repenser entièrement la manière dont ces plateformes elles-mêmes sont conçues pour capter l'attention des plus jeunes ?

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NW

À propos de l'auteur

NELS W.

Fondateur de L'Échiquier Mondial. Ingénieur de formation, passionné de géopolitique et d'histoire des relations internationales, dédié à décrypter l'actualité mondiale à travers ses précédents historiques.

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