Khalil al-Hayya : l'homme qui scelle l'alliance du Hamas avec Téhéran

Le 20 juillet 2026, au terme d'un second tour serré face à son rival historique Khaled Mashal, le Conseil de la Choura générale du Hamas a élu Khalil al-Hayya à la tête du bureau politique du mouvement. Un scrutin mené en pleine guerre, pour désigner l'homme qui devra décider de l'avenir d'une organisation exsangue après deux ans de conflit dévastateur avec Israël.
Un vétéran forgé par les pertes
Né le 5 novembre 1960 à Gaza, Khalil al-Hayya a grandi dans une famille marquée par la guerre israélo-arabe de 1967 et l'occupation qui a suivi. Une rencontre déterminante avec le fondateur du Hamas, le cheikh Ahmed Yassin, en mars 1980, le fait basculer dans l'activisme organisé. Il rejoint le mouvement dès sa création et gravit les échelons pendant plus de quatre décennies, jusqu'à devenir en 2017 vice-président du bureau politique du Hamas à Gaza.
Son parcours personnel est indissociable des pertes qu'il a subies. En 2007, une frappe israélienne sur la maison familiale à Gaza, dans le quartier de Chajaiya, tue plusieurs de ses proches. En 2008, son fils Hamza est tué lors d'une frappe. En 2014, un autre fils, Osama, meurt avec son épouse et leurs trois enfants dans le bombardement de leur domicile pendant la guerre de Gaza. En 2024, une tentative d'assassinat israélienne au Qatar, où il s'était installé après avoir quitté Gaza, échoue de justesse mais tue près de trente de ses proches, dont sa femme et trois de ses enfants restants.
Le négociateur devenu chef suprême
Ce qui distingue al-Hayya de la plupart des dirigeants exilés du Hamas, c'est son expérience directe des négociations. Il a dirigé les délégations du mouvement lors des pourparlers de cessez-le-feu en 2012 et en 2014, puis a joué un rôle central dans les négociations menées en Égypte et au Qatar après l'attaque du 7 octobre 2023, dans le cadre du plan de paix porté par l'administration Trump. Titulaire d'un doctorat en études islamiques obtenu en 1997 dans une université soudanaise, il a également conduit en 2022 une délégation à Damas pour restaurer les liens du Hamas avec le régime de Bachar al-Assad, alors rompus depuis une décennie.
Depuis la mort de son prédécesseur Yahya Sinouar, tué par l'armée israélienne à Gaza en octobre 2024 — lui-même ayant succédé à Ismail Haniyeh, assassiné à Téhéran en juillet de la même année — al-Hayya siégeait au sein d'un conseil collégial de cinq dirigeants basé au Qatar, chargé de superviser les affaires du mouvement en l'absence d'un chef unique. Son élection à la présidence du bureau politique met fin à cet intérim collectif, tout en respectant le cadre interne du Hamas datant de 2021, qui impose que les postes dirigeants reflètent les grands bassins géographiques du mouvement : Gaza, la Cisjordanie occupée, et la diaspora.
Le choix de Téhéran plutôt que celui du compromis
Il a survécu à plusieurs tentatives d'assassinat israéliennes. Il a perdu sa femme et plusieurs enfants dans les frappes. Il est désormais l'homme qui doit décider si le Hamas se désarme, ou se bat jusqu'au bout.
L'élection d'al-Hayya face à Khaled Mashal n'est pas un simple choix de personnalité : c'est un choix de ligne stratégique. Mashal, basé de longue date dans les capitales du Golfe et en Turquie, incarnait une orientation plus diplomatique, davantage tournée vers les monarchies arabes du Golfe. Al-Hayya, lui, est directement associé à la relation privilégiée du Hamas avec l'Iran, qui reste depuis des décennies son principal fournisseur d'armes, de financement et d'entraînement militaire. Une photographie largement diffusée le montre aux côtés du Guide suprême iranien lors d'une rencontre à Téhéran en février 2025.
Le moment choisi pour ce basculement interne n'est pas anodin. Il survient alors même que l'Iran mène depuis février 2026 sa guerre la plus intense contre les États-Unis et Israël, avec des frappes quasi quotidiennes et une fermeture prolongée du détroit d'Ormuz. Pour plusieurs analystes cités par les agences de presse, cette élection signale que le Hamas s'apprête à durcir sa position plutôt qu'à l'assouplir, au moment précis où les capitales occidentales et arabes tentent de le convaincre d'accepter un désarmement, condition posée par plusieurs plans de paix régionaux, dont celui négocié entre Israël et le Liban quelques semaines plus tôt.
Une organisation exsangue à la tête d'un territoire dévasté
Le contexte dans lequel al-Hayya prend les rênes du mouvement est celui d'une organisation métamorphosée par deux ans de guerre. La quasi-totalité de la génération de dirigeants qui a planifié l'attaque du 7 octobre 2023 a été tuée par l'armée israélienne : Yahya Sinouar, Ismail Haniyeh, Mohammed Deif, Marwan Issa. Gaza elle-même est ravagée, sa population déplacée à répétition, son infrastructure urbaine largement détruite. Le Hamas qu'hérite al-Hayya n'a plus les moyens militaires ni la profondeur territoriale qu'il possédait avant la guerre.
C'est dans ce contexte affaibli que la question du désarmement, justement, devient centrale. Plusieurs capitales occidentales, arabes et jusqu'à une partie de l'opinion palestinienne elle-même, poussent pour que le mouvement renonce à son arsenal en échange d'une reconnaissance politique élargie et d'une reconstruction financée internationalement. Le choix d'al-Hayya, adossé à l'Iran plutôt qu'aux monarchies du Golfe, laisse penser que cette voie du compromis reste, pour l'instant, minoritaire au sein de l'appareil dirigeant du mouvement.
Une élection qui en dit long sur l'état du Moyen-Orient
Sur l'échiquier mondial, cette élection interne, presque anecdotique en apparence, résume à elle seule l'état de la région tout entière à l'été 2026 : une guerre ouverte entre les États-Unis et l'Iran qui n'épargne aucun acteur régional, un Hamas exsangue mais toujours arc-bouté sur son alliance avec Téhéran, et un mouvement de paix libano-israélien qui peine déjà, ailleurs dans la région, à convaincre les acteurs armés de déposer les armes. Reste à savoir si Khalil al-Hayya, l'homme qui a négocié plus de cessez-le-feu que quiconque dans l'histoire du mouvement, choisira finalement la voie qu'il connaît le mieux, ou celle que son élection semble annoncer.
À propos de l'auteur
NELS W.
Fondateur de L'Échiquier Mondial. Ingénieur de formation, passionné de géopolitique et d'histoire des relations internationales, dédié à décrypter l'actualité mondiale à travers ses précédents historiques.

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