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Le prince fantôme : l'homme qui dirige l'Iran sans jamais être vu

NELS W.20 juillet 20266 min de lecture
Le prince fantôme : l'homme qui dirige l'Iran sans jamais être vu

Surnommé le "Fantôme de Téhéran" par une partie de la presse iranienne en exil, Mojtaba Khamenei est, sur le papier, l'homme le plus puissant d'Iran : chef suprême des armées, arbitre des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, à la tête d'un pays en guerre depuis février 2026. Dans les faits, plus de quatre mois après son investiture, aucun Iranien n'a ni vu ni entendu sa voix en public.

Un pouvoir hérité dans la douleur

Mojtaba Khamenei, 56 ans, a été élu troisième Guide suprême de la République islamique par l'Assemblée des experts le 8 mars 2026, une semaine seulement après la mort de son père Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne le 28 février qui a également coûté la vie à son épouse et à l'une de ses filles. Lui-même aurait été blessé, et selon des évaluations américaines et israéliennes non confirmées officiellement, potentiellement défiguré.

Depuis, le silence. Aucun discours, aucune apparition télévisée, aucune photo récente. Les rares messages attribués au nouveau Guide sont lus par des tiers à la télévision d'État ou diffusés sous forme de vidéos — dont plusieurs, selon CNN, générées par intelligence artificielle pour simuler sa présence. Il n'a même pas assisté aux funérailles de son propre père début juillet, ni à celles de sa femme quelques semaines plus tôt.

Une absence qui devient stratégie

Le régime a utilisé des vidéos générées par intelligence artificielle pour montrer Khamenei délivrant des messages. Personne ne sait s'il est vivant, blessé, ou simplement absent.

Pour les analystes du régime, ce silence pourrait être un choix autant qu'une contrainte. Alex Vatanka, chercheur au Middle East Institute, estime que Mojtaba ne peut ni convoquer le charisme de Khomeiny ni reproduire l'autorité de son père, construite au fil de toute une vie de crises — il devra donc gouverner à travers les institutions plutôt qu'au-dessus d'elles. D'autres analyses évoquent des craintes bien réelles pour sa sécurité : le ministre israélien de la Défense Israel Katz a averti publiquement, lors des funérailles de son père, que tout dirigeant iranien reprenant les mêmes plans serait à son tour visé.

Sur le terrain, à Téhéran, l'absence pèse sur le moral d'une population déjà éprouvée par des mois de guerre. Certains habitants interrogés par Al Jazeera y voient un signe rassurant de prudence sécuritaire. D'autres, au contraire, la vivent comme la perte d'un symbole : pendant des décennies, la présence publique constante du Guide suprême incarnait, à elle seule, la stabilité du régime.

Un marché prédictif suit même, semaine après semaine, la probabilité d'une apparition publique de Mojtaba Khamenei — elle est tombée à seulement 5,5% de chances qu'il soit vu avant fin juillet, contre 14% une semaine plus tôt.

Une ironie que personne ne relève

L'ironie est de taille : la révolution islamique de 1979 s'est justement construite en rejetant toute forme de succession héréditaire, celle-là même qu'incarnait la monarchie du Shah qu'elle venait de renverser. Près de cinquante ans plus tard, l'Iran se retrouve dirigé par le fils de son ancien Guide suprême — un homme que son propre peuple n'a jamais vu exercer le pouvoir qu'il est censé détenir.

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NW

À propos de l'auteur

NELS W.

Fondateur de L'Échiquier Mondial. Ingénieur de formation, passionné de géopolitique et d'histoire des relations internationales, dédié à décrypter l'actualité mondiale à travers ses précédents historiques.

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