Pickaxe Mountain : la montagne où l'Iran a peut-être mis son programme nucléaire à l'abri de tout

À une encablure au sud du site d'enrichissement de Natanz, en plein cœur de l'Iran, une montagne abrite ce que le renseignement israélien considère aujourd'hui comme le dernier refuge du programme nucléaire iranien. Son nom de code : Pickaxe Mountain. Selon le Wall Street Journal, citant des responsables israéliens et américains, l'Iran y aurait transféré, dès l'automne 2025, plusieurs milliers de centrifugeuses d'enrichissement d'uranium — mettant ainsi à l'abri l'essentiel de sa capacité nucléaire, alors même que les bombardements américains et israéliens continuent de pilonner le pays depuis février 2026.
Une forteresse plus profonde que Fordow
Jusqu'ici, c'est le site de Fordow qui incarnait, aux yeux du monde, l'inviolabilité du programme nucléaire iranien : une installation d'enrichissement construite sous une montagne, conçue précisément pour résister aux bombes les plus puissantes de l'arsenal américain. Frappé en juin 2025 lors de l'opération "Midnight Hammer", puis de nouveau visé par la campagne aérienne lancée fin février 2026, Fordow reste, selon les évaluations occidentales, sévèrement endommagé.
Pickaxe Mountain change la donne. Selon les images satellite analysées par l'Institute for Science and International Security (ISIS), un centre de recherche américain spécialisé dans la non-prolifération, le complexe souterrain a été creusé à plus de 100 mètres sous la roche — certaines estimations évoquant même une profondeur pouvant atteindre 140 mètres. C'est plus profond que Fordow, et suffisamment enfoui pour poser une question inédite aux stratèges militaires américains : même la bombe anti-bunker la plus avancée de l'arsenal américain parviendrait-elle à l'atteindre ?
Un site connu depuis 2021, jamais neutralisé
Le site n'est pas un secret bien gardé au sens strict : l'Iran l'avait officiellement déclaré à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) en 2021, le présentant comme un futur site d'assemblage de centrifugeuses, destiné à remplacer une usine voisine détruite en 2020 dans une explosion que plusieurs experts attribuent à un sabotage. La construction s'est poursuivie de manière continue depuis, mais se serait nettement intensifiée après les frappes de juin 2025, selon les observations de l'ISIS portant sur le trafic de véhicules, le renforcement des tunnels et l'édification d'un périmètre de sécurité.
Fait notable : Pickaxe Mountain n'a jamais été directement visée, ni lors de la guerre de douze jours de juin 2025, ni depuis le début de la campagne aérienne actuelle entamée le 28 février 2026. Les analystes de l'ISIS notent d'ailleurs que le site ne semble pas encore pleinement opérationnel — une partie des installations serait toujours en construction, ce qui laisse planer une incertitude sur le calendrier exact où il pourrait devenir pleinement fonctionnel.
Trump promet de frapper "très bientôt"
Fordow était censé être la forteresse nucléaire imprenable de l'Iran. Pickaxe Mountain est encore plus profonde — et elle n'a, pour l'instant, jamais été touchée.
Le président américain Donald Trump a personnellement mis le sujet sur la table cette semaine, déclarant que les États-Unis frapperaient cette zone "très probablement très bientôt", ajoutant qu'il n'y avait "absolument rien" que l'Iran puisse faire pour l'en empêcher. En retour, Téhéran a averti, par la voix de médias d'État, que toute frappe américaine sur ses installations nucléaires serait considérée comme une extension de la guerre régionale en cours — un avertissement à prendre au sérieux dans un contexte où l'escalade militaire, comme documenté ces derniers jours dans nos colonnes à propos du détroit d'Ormuz et des frappes contre des usines de dessalement au Koweït, n'a cessé de s'étendre à de nouvelles cibles.
Le dilemme des inspecteurs internationaux
Renforçant l'opacité qui entoure le site, les inspecteurs de l'AIEA n'ont plus accès au territoire iranien depuis les frappes américaines de début d'année. Le directeur général de l'agence, Rafael Grossi, avait déjà indiqué en mars qu'environ 200 kilogrammes d'uranium hautement enrichi resteraient stockés dans des tunnels profonds près d'Ispahan, dans un autre complexe fortifié — une quantité qui, associée aux 441 kilogrammes d'uranium enrichi à 60% recensés par l'agence avant les frappes de 2025, suffirait techniquement à produire plusieurs armes nucléaires si l'enrichissement était poussé jusqu'au seuil militaire.
Kelsey Davenport, directrice de la politique de non-prolifération à l'Arms Control Association, résume le problème avec une formule sans détour : la localisation même du site pose un problème, dans la mesure où l'incertitude qui plane sur le nombre de centrifugeuses ayant survécu aux frappes précédentes a une incidence directe sur la vitesse à laquelle l'Iran pourrait reconstituer son programme d'enrichissement — un chiffre que seul un accès renouvelé des inspecteurs internationaux permettrait de vérifier avec certitude.
Une dissémination délibérée du savoir-faire nucléaire
Selon Olli Heinonen, ancien inspecteur en chef adjoint de l'AIEA, jusqu'à vingt sites différents auraient, à un moment ou un autre, produit des centrifugeuses à travers le territoire iranien — une dispersion qui rend hautement improbable l'idée qu'une campagne de frappes, aussi intense soit-elle, ait pu détruire l'intégralité du savoir-faire industriel nécessaire à la reconstitution du programme. Pickaxe Mountain ne serait, dans cette perspective, qu'un maillon particulièrement protégé d'un réseau bien plus large et largement invisible depuis l'extérieur.
Ce que révèle cette montagne sur la nature de la guerre actuelle
Sur l'échiquier mondial, Pickaxe Mountain illustre une dynamique vieille comme la dissuasion nucléaire elle-même : plus une puissance frappe fort à la surface, plus l'adversaire visé s'enfonce profondément sous terre. Depuis les bunkers de la Guerre froide jusqu'aux sites nord-coréens actuels, la profondeur a toujours été la réponse la plus simple, et souvent la plus efficace, à la supériorité aérienne adverse. La question qui plane désormais au-dessus de cette montagne du centre de l'Iran n'est donc plus seulement technique — a-t-on une bombe assez puissante pour l'atteindre ? — mais aussi stratégique : que se passe-t-il lorsque même la solution la plus radicale ne suffit plus à garantir l'arrêt d'un programme que son propriétaire a choisi, depuis le début, de construire pour survivre à n'importe quelle frappe ?
À propos de l'auteur
NELS W.
Fondateur de L'Échiquier Mondial. Ingénieur de formation, passionné de géopolitique et d'histoire des relations internationales, dédié à décrypter l'actualité mondiale à travers ses précédents historiques.
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