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RDC : le troisième mandat de Tshisekedi et le silence calculé de Paris

NELS W.3 août 20269 min de lecture
RDC : le troisième mandat de Tshisekedi et le silence calculé de Paris

Kinshasa retient son souffle. Le 15 août prochain, une partie de la République démocratique du Congo doit descendre dans la rue. Ce jour-là, la coalition d'opposition C64 a donné rendez-vous au peuple congolais pour dénoncer ce qu'elle considère comme un hold-up institutionnel : la validation, par la Cour constitutionnelle, d'une loi référendaire qui pourrait permettre à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat.

Le texte est passé en force. Adoptée le 9 juin 2026 par l'Assemblée nationale congolaise avec 348 voix pour, seulement 2 contre, la loi organisant les référendums a ensuite été validée par le Sénat, puis jugée conforme à la Constitution par la Cour constitutionnelle le 28 juillet. Il ne manque plus que la signature présidentielle pour qu'elle entre en vigueur. Un détail qui n'en est pas un : les votes se sont déroulés en l'absence des élus d'opposition, qui avaient claqué la porte du Parlement en signe de protestation.

Une manœuvre juridique bien connue

Le mécanisme est limpide, et il n'est pas nouveau sur le continent africain. La Constitution congolaise de 2006 limite strictement le président à deux mandats. Impossible, en théorie, de la contourner par un simple vote parlementaire. Mais un référendum populaire, lui, peut réécrire la loi fondamentale. C'est précisément la voie qu'emprunte aujourd'hui Félix Tshisekedi, réélu en 2023 dans un scrutin déjà contesté par une large partie de l'opposition.

Le procédé est presque copié-collé sur ceux utilisés ailleurs en Afrique pour prolonger des règnes présidentiels : au Congo-Brazzaville, en Guinée, au Rwanda, la même recette a permis à des chefs d'État de rester en place bien au-delà des limites constitutionnelles initialement prévues. Martin Fayulu, l'opposant historique, ne s'y est pas trompé. Il a accusé publiquement le président congolais d'avoir « trahi son serment de respecter la Constitution », ajoutant qu'il n'avait donc plus aucune légitimité pour gouverner.

Face à la pression, Tshisekedi a changé de stratégie de communication. Plutôt que d'assumer frontalement l'ambition d'un troisième mandat, il a multiplié les appels à un « dialogue national inclusif », soutenu en coulisses par le cardinal Fridolin Ambongo, figure influente de l'Église catholique congolaise. Une marche de protestation initialement prévue a même été suspendue, le temps de laisser le président « organiser » ce dialogue. Une manière, pour beaucoup d'observateurs, de gagner du temps plutôt que de renoncer au projet.

Le silence embarrassé de la France

C'est ici que l'affaire prend une dimension géopolitique plus large. Alors que la trajectoire institutionnelle de la RDC inquiète une partie de la société civile congolaise, la position officielle de Paris reste étonnamment mesurée. Le 28 juillet, au lendemain même de la décision de la Cour constitutionnelle, la diplomatie française a publiquement salué l'initiative du dialogue national de Tshisekedi, y voyant un levier pour « restaurer la concorde nationale », tout en insistant sur le respect de la souveraineté congolaise.

Aucune mise en garde. Aucun appel à la retenue constitutionnelle. Aucune référence, même indirecte, à la limitation des mandats présidentiels pourtant inscrite noir sur blanc dans la loi fondamentale congolaise. Le contraste est frappant avec la rhétorique habituelle de la France sur la « défense de l'État de droit » en Afrique, brandie avec bien plus de vigueur lorsqu'il s'agit de juntes militaires au Sahel qu'à l'égard d'un chef d'État jugé fréquentable.

La stabilité politique de Kinshasa pèse plus lourd, dans les calculs de Paris, que la défense abstraite des principes démocratiques.

Cette prudence diplomatique n'a rien d'un hasard. Félix Tshisekedi reste, aux yeux de Paris, un partenaire stratégique incontournable dans la région des Grands Lacs, en particulier face à la crise sécuritaire dans l'Est du pays, où les rebelles de l'AFC/M23, soutenus selon Kinshasa par le Rwanda, contrôlent des pans entiers du territoire. La France s'est positionnée en soutien diplomatique de la RDC face à Kigali, notamment au Conseil de sécurité de l'ONU. Fragiliser Tshisekedi aujourd'hui reviendrait, pour Paris, à fragiliser sa propre influence dans un dossier régional où elle cherche à peser face à des puissances concurrentes.

Le cobalt, la variable qui change tout

Il y a aussi, en toile de fond, la question des minerais critiques. La RDC produit plus de 70 % du cobalt mondial, un métal indispensable aux batteries électriques et aux technologies de transition énergétique que l'Union européenne cherche à sécuriser face à la mainmise chinoise sur les chaînes d'approvisionnement. Dans ce contexte, la stabilité politique de Kinshasa — même obtenue au prix d'une révision constitutionnelle contestée — pèse plus lourd, dans les calculs de Paris, que la défense abstraite des principes démocratiques.

Ce grand écart entre le discours et la pratique n'est pas propre à la RDC. Il rappelle un schéma récurrent dans les relations franco-africaines : la France condamne fermement les coups d'État militaires, qui menacent directement ses intérêts et son image, mais se montre nettement plus conciliante face aux manœuvres constitutionnelles « légales » qui, sur le fond, produisent exactement le même résultat — le maintien indéfini d'un homme au pouvoir.

Le 15 août, un test pour tous

La date du 15 août s'annonce donc comme un moment charnière. Si la mobilisation populaire est massive, elle pourrait forcer Tshisekedi à reculer, ou au minimum à retarder son calendrier référendaire. Si elle reste limitée, la voie sera largement dégagée pour une promulgation rapide de la loi, ouvrant la porte à un référendum constitutionnel dans les mois à venir.

Pour la France, l'équation reste la même quel que soit le scénario : préserver la relation avec Kinshasa, sécuriser l'accès aux minerais stratégiques, et maintenir un contrepoids diplomatique face au Rwanda dans l'Est congolais. Le sort de la démocratie congolaise, lui, se jouera d'abord dans les rues de Kinshasa — loin des éléments de langage feutrés du Quai d'Orsay.

Sur l'échiquier mondial, les coïncidences n'existent pas.

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À propos de l'auteur

NELS W.

Fondateur de L'Échiquier Mondial. Ingénieur de formation, passionné de géopolitique et d'histoire des relations internationales, dédié à décrypter l'actualité mondiale à travers ses précédents historiques.

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