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Hormuz sous le feu : la troisième nuit de frappes qui rejoue la guerre des tankers

NELS W.14 juillet 20267 min de lecture
Hormuz sous le feu : la troisième nuit de frappes qui rejoue la guerre des tankers

Dans la nuit du 13 au 14 juillet 2026, l'aviation américaine a mené sa troisième vague de frappes consécutive contre l'Iran, une opération de cinq heures ordonnée par Donald Trump. Plus de 300 cibles iraniennes ont été touchées depuis le début de la semaine, le long de la côte sud du pays : Bushehr, Bandar Abbas, Chah Bahar, Jask, Konarak, Abou Moussa.

La riposte iranienne n'a pas tardé. Les Gardiens de la révolution ont revendiqué des tirs de missiles contre des bases américaines en Jordanie, au Bahreïn et au Koweït, visant notamment un centre de commandement de drones MQ-9 Reaper à la base aérienne du Prince Hassan, ainsi qu'une installation de ravitaillement pour porte-avions américains au port omanais de Duqm. Des systèmes de défense Patriot et un site radar ont été frappés au Koweït. La Jordanie affirme avoir intercepté quatre missiles dans son espace aérien.

Un détroit fermé, deux pétroliers en feu

Le point de bascule de cette escalade se situe dans les eaux du détroit d'Ormuz. Téhéran a déclaré le passage "actuellement impraticable" pour tous les navires, invoquant les "actions hostiles" américaines. Deux pétroliers auraient été attaqués dans le détroit, et un porte-conteneurs battant pavillon chypriote, le GFS Galaxy, aurait pris feu après une frappe iranienne — l'incident que Washington cite comme déclencheur direct de cette troisième vague de représailles.

Trump a par ailleurs annoncé le rétablissement d'un blocus des exportations pétrolières iraniennes, et proposé de faire payer aux navires une taxe de 20% pour transiter par Ormuz — une idée qui, si elle se concrétisait, bouleverserait le droit maritime international en vigueur depuis des décennies.

1987 : quand l'US Navy escortait déjà les pétroliers

En 1987, l'US Navy escortait les pétroliers pour les protéger des mines iraniennes. En 2026, elle bombarde directement les côtes iraniennes. Le décor a changé. Le détroit, lui, tient toujours le monde en otage.

Ce scénario n'est pas inédit. Pendant la guerre Iran-Irak, dans ce que l'on a appelé la "guerre des tankers", l'Iran posait des mines et attaquait les navires marchands dans le Golfe pour punir les pays arabes qui soutenaient financièrement Bagdad. En 1987, le Koweït a demandé la protection de Washington, qui a lancé l'opération Earnest Will : des pétroliers koweïtiens réenregistrés sous pavillon américain, escortés par l'US Navy à travers le détroit.

L'opération a failli tourner à l'affrontement direct : en avril 1988, une frégate américaine heurte une mine iranienne, et Washington riposte en détruisant deux plateformes pétrolières iraniennes lors de l'opération Praying Mantis — la plus grande bataille navale américaine depuis la Seconde Guerre mondiale. Quelques mois plus tard, un croiseur américain abat par erreur un avion de ligne iranien, tuant 290 civils. La guerre des tankers ne s'est jamais transformée en guerre ouverte entre les deux pays, mais elle a rappelé au monde à quel point ce couloir de 33 kilomètres pouvait faire basculer les grandes puissances vers l'affrontement direct.

Ce qui a changé depuis

La différence avec 2026 saute aux yeux : en 1987, les États-Unis protégeaient des tankers étrangers contre l'Iran. Aujourd'hui, ils frappent directement le territoire iranien, dans le cadre d'une guerre ouverte qui dure depuis février, entrecoupée d'un mémorandum de trêve signé à Islamabad et déjà rompu après seulement vingt-six jours. Le rôle de gendarme discret du Golfe a cédé la place à une confrontation frontale, revendiquée, filmée et commentée en temps réel.

Pour les marchés pétroliers mondiaux, la mécanique reste la même qu'il y a près de quarante ans : la moindre étincelle dans ce couloir par lequel transite encore un cinquième du pétrole mondial suffit à faire trembler les cours. Cette fois, la question n'est plus de savoir si l'histoire se répète, mais jusqu'où elle est prête à aller avant de rejouer, en pire, le scénario de 1988.

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À propos de l'auteur

NELS W.

Fondateur de L'Échiquier Mondial. Ingénieur de formation, passionné de géopolitique et d'histoire des relations internationales, dédié à décrypter l'actualité mondiale à travers ses précédents historiques.

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