Le pays qui s'est brisé en deux : comment le Soudan est devenu la pire crise humanitaire du monde

Un pays de 48 millions d'habitants, coupé en deux, gouverné par deux administrations rivales qui n'ont jamais cessé de se faire la guerre depuis avril 2023. C'est la réalité du Soudan en cet été 2026, où le conflit entre l'armée soudanaise (SAF) et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) a franchi un nouveau seuil : celui de la partition de fait.
Deux capitales, deux présidents
D'un côté, l'armée du général Abdel Fattah al-Burhan contrôle Khartoum, reprise en mars 2026, ainsi que l'essentiel du centre et de l'est du pays, gouvernant depuis un exécutif reconstitué à Port-Soudan. De l'autre, les Forces de soutien rapide de Mohamed Hamdan Dagalo, surnommé Hemedti, ont proclamé un gouvernement parallèle — le "Tasis" — depuis Nyala, capitale du Darfour-Sud, où Hemedti a prêté serment à la tête d'un conseil comptant huit gouverneurs régionaux.
Ce basculement fait suite à la prise d'El-Fasher par les RSF, décrite par les Nations unies et Human Rights Watch comme accompagnée d'exécutions extrajudiciaires systématiques après dix-huit mois de siège — la victoire territoriale la plus significative du groupe paramilitaire depuis le début du conflit, et l'élément déclencheur de la consolidation de son propre appareil d'État dans l'ouest du pays.
La faim comme arme de guerre
Le Soudan compte aujourd'hui deux présidents, deux capitales, deux monnaies en devenir — et une seule population prise en étau entre les deux.
Le combat s'est désormais déplacé vers la région du Kordofan, verrou stratégique entre le centre du pays tenu par l'armée et le Darfour tenu par les RSF. Les deux camps s'y livrent une bataille acharnée pour sécuriser leurs lignes d'approvisionnement respectives. Une mission d'enquête des Nations unies a conclu que les RSF et leurs forces alliées avaient utilisé la famine comme méthode de guerre — un crime de guerre caractérisé — en bloquant délibérément l'acheminement de l'aide humanitaire dans les zones qu'elles assiègent.
Le bilan humain dépasse l'entendement : plus de 12 millions de personnes déplacées, ce que les Nations unies qualifient de plus grande crise de déplacement au monde. Rien qu'en 2025, la violence liée au conflit a coûté la vie à plus de 17 000 personnes, les attaques des RSF à elles seules ayant tué au moins 4 000 civils. Une conférence internationale tenue à Londres en avril 2026 a permis de récolter plus de 500 millions d'euros d'aide — une somme dérisoire face à l'ampleur des besoins.
Une guerre par procuration qui ne dit pas son nom
Derrière les deux belligérants soudanais se profilent des soutiens étrangers aux intérêts divergents : l'Égypte appuie ouvertement le gouvernement d'Abdel Fattah al-Burhan, tandis que les Émirats arabes unis sont accusés de longue date de fournir un soutien militaire aux RSF — accusations que les Émirats ont toujours démenties. Cette dynamique rapproche de plus en plus le scénario soudanais de celui de la Libye, où deux gouvernements rivaux se disputent depuis des années la légitimité internationale sans qu'aucune solution négociée ne parvienne à s'imposer.
Sur l'échiquier mondial, le Soudan illustre une réalité que peu de puissances veulent regarder en face : une guerre presque totalement absente des radars médiatiques occidentaux, malgré une ampleur humanitaire qui dépasse tous les autres conflits en cours réunis. Tant qu'aucune des deux capitales rivales n'acceptera de céder, l'idée même d'un Soudan unifié pourrait n'être plus qu'un souvenir.
À propos de l'auteur
NELS W.
Fondateur de L'Échiquier Mondial. Ingénieur de formation, passionné de géopolitique et d'histoire des relations internationales, dédié à décrypter l'actualité mondiale à travers ses précédents historiques.
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