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Taïwan : la Chine et l'Indonésie ont manœuvré ensemble dans ses eaux, et personne n'a vu venir le coup

NELS W.15 août 20268 min de lecture
Taïwan : la Chine et l'Indonésie ont manœuvré ensemble dans ses eaux, et personne n'a vu venir le coup

Mercredi 12 août, au large de la côte est de Taïwan. Des navires de guerre chinois et indonésiens achèvent un exercice naval conjoint, une première historique : jamais auparavant l'armée chinoise n'avait mené une manœuvre militaire avec une force étrangère dans ces eaux précises, considérées par Taipei comme son arrière-cour stratégique. La veille, le Conseil des Affaires continentales taïwanais, l'organisme chargé des relations avec Pékin, avait dénoncé une « provocation militaire » et exigé l'arrêt immédiat de ce qu'il qualifiait de « comportement dangereux ».

L'exercice s'est déroulé alors même que Taïwan menait, jusqu'à vendredi, ses manœuvres militaires annuelles Han Kuang, destinées à simuler la défense de l'île face à une tentative d'invasion chinoise. Le calendrier, difficile à croire fortuit, a immédiatement nourri les soupçons de Taipei.

Un navire qui rentrait de Russie

Le détail le plus révélateur de cette affaire tient peut-être à l'origine du bâtiment indonésien engagé dans l'exercice. Le I Gusti Ngurah Rai, navire de la marine indonésienne, effectuait ces manœuvres alors qu'il rentrait justement d'une visite officielle en Russie. Selon Jakarta, il s'agissait d'un simple « exercice de passage », une « tradition navale universelle » pratiquée lors du transit par les eaux d'un pays tiers, au même titre que des exercices similaires menés avec le Japon ou la Septième flotte américaine.

Ce luxe de précisions diplomatiques n'a pas suffi à rassurer Taipei. Dans son communiqué, le Conseil des Affaires continentales a estimé que l'opération visait en réalité à « donner l'impression, à la communauté internationale, que le Parti communiste chinois exerce une juridiction sur les eaux à l'est de Taïwan », portant ainsi atteinte à « la souveraineté nationale » de l'île et à ses « droits et intérêts maritimes ». Le ministère taïwanais des Affaires étrangères est allé jusqu'à demander formellement à l'Indonésie de s'expliquer sur sa participation.

Une pression déjà ancienne, mais qui change de forme

Jamais l'armée chinoise n'avait mené de manœuvre avec une force étrangère dans les eaux à l'est de Taïwan. Le 12 août, l'Indonésie lui a prêté sa marine.

La Chine considère Taïwan, île démocratique de vingt-trois millions d'habitants, comme l'une de ses provinces, et n'a jamais renoncé à la possibilité d'y recourir à la force pour la « réunifier ». Pékin déploie quasi quotidiennement navires, avions de chasse et unités de garde-côtes autour de l'île, une pression que Taipei qualifie régulièrement d'« expansionnisme déguisé ». Dès juin dernier, une précédente patrouille des garde-côtes chinois dans les mêmes eaux avait provoqué la colère de Taipei et l'inquiétude de Washington.

Ce qui change avec l'exercice du 12 août, c'est la dimension internationale de l'opération. L'armée chinoise, qui ne mène habituellement pas de manœuvres conjointes avec des forces étrangères à proximité de Taïwan, a choisi cette fois d'associer l'Indonésie, plus grande puissance d'Asie du Sud-Est et pays qui, comme la majorité des nations du monde, n'entretient aucune relation diplomatique formelle avec Taipei en vertu de la politique d'« une seule Chine ». Pour Pékin, c'est un moyen de normaliser sa présence militaire dans une zone contestée en y associant un partenaire régional de poids, sans jamais provoquer directement une puissance occidentale.

Un timing qui interroge à Jakarta comme à Washington

L'exercice sino-indonésien est survenu la même semaine qu'une rencontre, à Jakarta, entre le sous-secrétaire américain à la Défense chargé de la politique, Elbridge Colby, et le ministre indonésien de la Défense, Sjafrie Sjamsoeddin. Washington, qui observe avec une inquiétude croissante le rapprochement militaire entre certains pays d'Asie du Sud-Est et Pékin, n'a pour l'instant pas commenté publiquement l'exercice naval.

L'épisode illustre une réalité de plus en plus difficile à ignorer pour les chancelleries occidentales : l'équilibre stratégique en mer de Chine méridionale et dans le détroit de Taïwan ne se joue plus seulement entre Pékin, Taipei et Washington. Des puissances régionales comme l'Indonésie, officiellement non alignées, deviennent des pièces de plus en plus recherchées sur l'échiquier, capables de prêter, ne serait-ce que pour quelques heures de « transit », une légitimité supplémentaire aux ambitions chinoises dans la région.

Sur l'échiquier mondial, les coïncidences n'existent pas.

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À propos de l'auteur

NELS W.

Fondateur de L'Échiquier Mondial. Ingénieur de formation, passionné de géopolitique et d'histoire des relations internationales, dédié à décrypter l'actualité mondiale à travers ses précédents historiques.

Sources citées

Les sources nommées dans cet article sont liées vers leur éditeur d'origine. Les analyses et interprétations qui en sont tirées relèvent de la responsabilité de L'Échiquier Mondial.

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